vendredi, 30 mai 2008

Personne que je ne touche, personne que je ne sente…

C’est un sentiment étrange, que je ressens souvent, très souvent, trop souvent, en société…quand je suis entrain de parler avec des gens, que je suis interrompu, ignorée par ceux-ci, ou même quand mon point de vue est redirigé, refusé…je me sens seule. Je me sens seule en société.

Non pas que je sois insociable, que je n’aime pas les gens, que je ne me sente pas à l’aise avec eux…mais souvent dans les conversations, je me sens inférieure, comme ça, d’un coup.

C’est comme une routine qui s’installe, comme un vieux souvenir de collège, de lycée…devoir attendre le moment propice où mon interlocuteur reprend son souffle pour parler en empêchant les autres de le faire avant. Quelque chose de dérangeant, comme un imposition. Le silence de l’écoute des autres, quelques interruptions, parfois les remarques douteuses qui s’intègre et vole la parole, et puis quand c’est fini…on embraye. On s’écoute ? Je ne suis pas sûre. Je pense qu’on a besoin de parler, de se décharger…je veux dire, ne me connaissant pas suffisamment pour savoir que je suis une maladroite qui arrive à tomber des trottoirs, elles auraient pu avoir un air un peu désolée, inquiet quand je leur ai avoué que j’ai volé dans les escaliers vendredi. Non, a part celle que je connais depuis la France , une a rit et l’autre m’a dit sur un ton plat que si je bougeais mon doigt c’est qu’il n’était pas cassé…je ne suis pas stupide !!

Toute ma vie j’ai dû affronté des sensations comme ça, la sensation que les autres en ont rien à foutre de moi, quoi que je fasse…que ça fait toujours une bonne raison de se moquer de moi (après on se demande pourquoi je pratique le cynisme et l’auto bâche). Je ne brille pas en société. Je suis froide et observatrice, ne relevant la vraie moi que lorsque je suis sûre d’intéressée un peu la personne en face de moi. Sinon, sourire, courtoisie, phrases nominales, réponses bateau, mots de deux syllabes, presque onomatopées.

Après on se demande pourquoi je fais tout toute seule, pourquoi rester seule avec moi ne me fais pas peur. Non pas que je m’épanouisse quand je suis seule, mais au moins je m’écoute, je me comprends, je ne m’interromps pas.

Ce n’est pas général…je vous assure, c’est juste que ça fait dix mois que je suis là (enfin demain ça fera dix mois) et que les gens que j’ai côtoyés m’ont laissés cette impression de n’être qu’un coup de vent, une alternative à la solitude, la mienne, la leur…je sais pas. Je ne blâme pas les gens, j’ai des exigences qui me poussent peut être à être trop…trop. Mais personne n’aime se sentir inférieur, personne n’aime se retrouver dans l’ancien état d’esprit, celui qu’on avait au collège, celui qui nous fait nous méfier de tout et de tout le monde, celui qui nous donne envie de dire : j’ai besoin d’être seule, je veux laver mes cheveux, j’ai pas d’argent pour sortir…j’ai pas envie de te voir.

Non, je suis trop bien élevée pour ça. Et puis je les aime bien mes connaissances ici, mais ce n’est pas du tout comme mes ami (e)s en France. Même après autant de temps à faire connaissance. Le pire c’est que la personne avec laquelle je suis le mieux ici, c’est celle que je vois le moins souvent, mon ukrainienne…sans doute parce qu’elle n’est pas bavarde mais qu’elle adore écouter (elle me l’a dit).

Moi ce que je voudrais, c’est courir dans les bras de mon jumeau, de ma mamour, pour leur dire dans une diarrhée verbale rapide et emmêlée toutes les choses magnifiques, merveilleuses que j’ai accomplis ici, leur dire combien ils m’ont manqué et que j’aurai aimé qu’ils soient là.

Je suis une solitaire, je m’en rends compte. J’apprécie de me retrouver toute seule quand l’agitation autour de moi a cessé. J’aime être seule et un peu flippée dans une grande maison vide…me réveiller au milieu de la nuit parce que mon colocataire rongeur c’est barré de sa cage (même mon hamster carnivore me manque). Pourtant j’apprécie aussi de me retrouver au milieu de la circulation, de mes amis, ne plus savoir où regarder, qui écouter, alors les écouter tous, leur répondre à tous, sourire, me perdre avec eux car savoir que je ne le suis pas vraiment…mener mon petit monde, avoir une opinion qui compte…avoir une voix qui porte…et aussi un peu cet égocentrisme de savoir que mon caractère de cheval de tête peut s’exprimer. Ici je n’organise pas, j’écoute, je me tais, je compatis, je me tais. Je ne peux pas montrer que je suis heureuse malgré mon travail chiant, je ne peux pas montrer que j’aime mon corps, enfin, parce qu’elles font des régimes de titans pour perdre trois grammes pendant que moi je mange ce que je veux quand je veux, parce qu’elles se trouvent trop grosse, je ne peux pas exprimer profondément et clairement mon non envie de rentrer, parce qu’elles m’envient d’avoir presque terminé. Elles ne comprennent pas mes idées si changeantes, la raison pour laquelle je ne me sens pas chez moi dans mon pays, que je ne veux pas y vivre, que j’ai soudainement réprimé mon envie de revenir ici pour l’Australie, comme elles ne comprendraient pas que si l’occasion se présentait, je resterai ici, que tout ce qui m’arrête c’est que je ne veux pas passer ma vie à être nounou, femme de ménage, etc.

Parce qu’elles me répètent qu’elles n’ont pas ma force, qu’elles ne pourraient pas aller seule en vacances (pourtant elles sont si réceptives quand je leur demande de m’accompagner à New York une dernière fois, que je finis par croire que je ne peux pas tout faire toute seule mais que je DOIS faire tout toute seule, du moins ici, au pire toute ma vie), qu’elles ne peuvent pas suivre mes conseils parce qu’elles veulent pas passer pour la méchante…

Avec elles, je me sens merdeuse, inutiles, j’ai l’impression d’être une présence, vous savez genre la copine de truc : « on peut pas inviter truc sans l’inviter elle aussi ». Je lance les idées, elles les trouvent bonne mais la pratique semble vouloir se faire sans moi. Ici, je me sens mieux quand je suis seule !!

C’est simple. Je me sens bien quand je suis seule, parce que je n’ai pas à faire semblant, à faire des compromis qui me compromette, jouer à celle que je ne suis pas. Dire « les autres on s’en fout » à un par terre de « chut, moins fort tout le monde nous regarde »…merde !! Est-ce que c’est mon genre de fermer ma gueule ? Non.

J’ai hâte de partir seule en vacances, j’ai hâte de voir ma copine ukrainienne, j’ai hâte de rentrer en France et montrer qui je suis devenue à ma famille, mes amis…les serrer dans mes bras et voir ce que eux sont devenues…j’ai hâte de terminer mon travail ici…j’ai hâte de tout, sauf de devoir recommencer à fermer ma gueule juste pour rebondir, parce que je les aime bien et que c’est toujours bon de rire un peu, et se taire beaucoup que pas du tout.

Je suis peut être pas si sociable que ça en fin de compte…trop froide, trop fière, trop vulnérable en société…ça ira mieux quand enfin j’aurai retrouvé les mains amicales qui m’aidaient à faire le chemin…celles qui, même quand elles ne me comprenaient pas, m’accepter sans me rabaisser…en attendant, je vais accrocher un sourire sur mes lèvres, un peu plus de force dans mon cœur et faire preuve d’une suprême indifférence qui me rendra aux yeux de certains suprêmement frigide…comme toujours.

 

Peanuts, si je me confie trop à ce blog, c’est que je ne trouve plus de personne à qui parler de se que j’ai vraiment besoin de dire. Mais je sais qu’il n’y a que moi à blâmer.

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