mercredi, 27 mai 2009
Kissed
Elle sentait cette envie de le mordre venir du plus profond de son être, de ses entrailles…comme un moustique attiré par la douce odeur sucré de la vanille. Déjà en elle son sang ne faisait qu’un tour et sa langue gourmande humecta ses lèvres de condamné de dieu.
Il s’avança vers elle, ne sachant point que par ce simple geste il courait à sa propre perte. Elle recula dans l’ombre. L’habit de la prostituée lui allait trop bien, incalculable le nombre d’homme qui la payèrent pour commanditer leur propre meurtre.
« J’ai finis ma nuit. Dit-elle brutalement en regardant ailleurs.
- Non. Affirma-t-il. Tu la commence ! ». Il lui prit la main lentement et la fit le suivre en pleine lumière, sous les néons blafards des lampadaires. Elle ne put s’empêcher de le laisser la guider.
Ils parcoururent les rues sombres, les allées endormies, les quartiers embrumés sans jamais, jamais, lâcher l’étreinte de leurs mains enlacées. Elle pria son démon intérieur de la laisser tranquille cette fois, cette unique fois, pour n’être que la femme qu’elle avait été, cette innocente qu’un de son espèce avait transformée.
Elle ne demandait qu’une nuit, qu’une unique nuit, avec lui.
Il stoppa la course devant une maison à l’architecture victorienne. Il poussa la lourde porte, qui grinça, rappelant à la créature de la nuit combien le destin pouvait être cruel, et entra sans se retourner. Elle fit un pas, puis s’arrêta.
On ne l’avait pas invité, elle s’en réjouie presque. Presque, parce que déjà il la regarda : « Viens ! ».
Elle soupira. Il crut que c’était de la joie. Elle se résigna à pénétrer le bâtiment derrière lui. Il referma la porte, comme pour sceller le temps, le stopper, l’emprisonner.
Il entoura la taille fine, squelettique, de cette femme au teint si pâle. Elle eut un sentiment étrange, une chose froide et mouillée glissa le long de son globe oculaire. Il remonta une de ses mains jusqu’à la joue laiteuse de la demoiselle, essuyant lentement la larme sous l’œil noir et profond de celle qui l’attirait si puissamment.
Il lui sourit et elle ne put réprimer l’envie, le désir, le besoin de lui rendre. Il constata avec amusement les petits renflements sur ses gencives, les deux petites canines pointues, aiguisées comme les dents d’un serpent, telles les défenses d’un éléphant d’Inde.
Il l’embrassa. Elle en frissonna. Tout son corps n’était plus qu’un amas de chaire morte qui vibrait au rythme de la langue, qui s’engouffrait dans la gueule du loup qu’elle était.
Elle voulut le repousser mais sa propre volonté se trouva annihilée. Elle soupira d’aise lorsqu’enfin il délaissa sa bouche, pour venir embrasser le creux de son cou, le haut de sa poitrine. Elle ferma les yeux, faisant appel à ses derniers restes d’humanité. Mais son instinct primaire prit le dessus et elle pencha lentement sa tête vers la veine, qui palpitait sur la nuque de son amant. Ses dents s’allongèrent de façon subtile et elle pinça du bout des lèvres la peau rosée du jeune homme. Sa langue testa le gout…vanille ?! Oui, il était définitivement le genre de proie dont la peau avait la saveur des îles…
Elle enfonça brutalement ses canines dans la chaire, dans le muscle, dans le corps puissant de celui qu’elle aimait. Il poussa un petit cri, cependant déjà il était sien, il avait toujours été sien.
Elle but le nectar ferreux de ce corps viril avec une délectation propre à son rang de vampire. Le remord la prit et à mis parcours entre la vie et la mort de l’homme, qui se laissait agoniser pour elle, elle retira son dentier démoniaque du cou offert et se recula. Il tomba à terre, inconscient mais encore vivant.
Elle sortit de la maison en courant, enivrée de l’absinthe de celui qu’elle retournerait voir la nuit, tombée, prochaine. Elle ne pourrait s’en empêcher, elle ne pourrait s’en priver. Il fallait qu’elle mange, il fallait qu’elle revienne là où on l’avait invité…
Alors dans un dernier geste de son âme noircie, elle monta sur le plus haut toit, de la plus haute cathédrale, et attendit le lever du soleil, une goutte de sang coulant toujours de ses lèvres purpurines. Et quand le premier rayon vint se poser sur sa peau cancéreuse, elle accueillit avec douleur et reconnaissance l’horrible chaleur du jour.
Son corps s’éparpilla en mille petites cendres et son esprit retourna à la terre. Elle ne fut plus alors que le vent dans les arbres, que l’odeur ineffable de la mort environnante. D’elle on ne retrouva qu’un chapelet d’outre tombe, gravé à son éternité.
23:39 Publié dans Nouvelles diverses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

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